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Le pois de Fully, un projet valaisan
Le pois élevé (Pisum sativum subsp. elatius) est une plante indigène sauvage appartenant à la liste rouge des espèces suisses, avec le statut d’espèce « en danger ». On la trouve uniquement en Valais, dans le site protégé des Follatères, près de Fully. Ce pois, d’origine méditerranéenne, serait l’ancêtre du petit pois de nos jardins. Anciennement, il était cultivé dans la région sous le nom de « pois de Fully ». Il est connu pour son utilisation alimentaire par les personnes âgées de la région, qui le récolteraient encore sporadiquement. La sauvegarde de cette variété, mais aussi du savoir traditionnel qui lui est lié, est grandement menacée. Notre projet ambitionne de préserver cette sous-espèce en tant que plante indigène sauvage, tout en réhabilitant son utilisation alimentaire, voire en développant sa culture comme produit de niche sur le marché local et comme plante d’ornement.

Caractéristiques morphologiques du pois de Fully
Le Pisum sativum subps. biflorum appartient à la famille des Fabacées. Il peut atteindre une hauteur de 150 cm - d’où son nom vernaculaire de « pois élevé » - avec une tige couchée ascendante à érigée, ramifiée ou non, et glabre. Ses feuilles pennées se terminent par une vrille ramifiée; les folioles sont généralement entières ou légèrement denticulées; les stipules – sans tache violette à leur base contrairement au pois des champs (Pisum sativum subsp. arvense) sont plus grandes que les folioles et embrassent la tige. Ses fleurs, très décoratives et longues de 2-3 cm, sont groupées par 1-3, leur pédoncule est 1.5-2.5 fois plus long que les stipules à leur base. Elles possèdent un l’étendard lilas, des ailes pourpre foncé et une carène rose ou verdâtre. La gousse a une largeur d’au maximum 12 mm, les graines sont sphériques avec un diamètre de 2-3 mm.

Aire de distribution et statut de menace du pois de Fully
L’aire de distribution de ce pois est répartie dans les parties Nord et Est du bassin méditerranéen (Grèce, Turquie, Syrie, Israël, … et jusque dans le Caucase) et en Asie occidentale (Turquie, Iran,…). En Asie centrale, où il a été signalé en Inde et au Tibet, sa présence est contreversée. En Suisse on ne le rencontre qu’aux Follatères, aux alentours de Branson, à proximité de Fully VS. Ce site est l’un des plus riches de Suisse en espèces végétales. Le Pisum sativum subps. biflorum profite des conditions méditerranéennes du lieu et y pousse en association avec la vigne. Il se trouve aussi sur les talus, le long des murs et dans les steppes environnantes. Le mode d’entretien de ces milieux influence d’ailleurs de manière négative la présence du pois élevé, puisque celui-ci est arraché ou fauché après sa floraison, rendant la récolte de graines et sa survie particulièrement difficiles.
Dans la Liste Rouge (Moser et al., 2002) le Pisum sativum subsp. biflorum a pour la Suisse le statut «en danger» (EN). Sans action, la présence du Pisum sativum subps. biflorum à Fully est fortement menacée, car il ne subsiste en nature que dans quelques stations isolées autour de Branson et dans 1-2 vignes. Les populations sont très petites et le degré d’isolement, non étudié, augmente. Si les pratiques culturelles d’entretien des bords de route et des vignes persistent, il peut disparaître à brève échéance. Il est donc important d’agir, afin de sauvegarder ce pool génétique unique et de prévoir des mesures d’entretien in situ adaptées.

Utilisation du pois de Fully
Le pois (Pisum sativum) est l’une de nos plantes cultivées les plus anciennes, lié depuis ses débuts aux cultures de blé et d’orge. On le retrouve dès le Néolithique ancien au Proche-Orient et des graines fossiles carbonisées découvertes dans des fouilles de deux sites suisses, les sites de Hauterive-Champréveyres NE et Zurich-Mozartstrasse, attestent de son utilisation à l’âge du bronze dans nos contrées. Les centres primaires d’origine du pois semblent se situer en Abyssinie, Afghanistan et les régions avoisinantes, la région méditerranéenne constituant un centre secondaire. A partir de ces centres, le pois se serait dispersé dans le reste de l’Europe et de l’Asie. Il existe différentes formes sauvages de l’espèce, dont la sous-espèce Pisum sativum subps. biflorum originaire de la région méditerranéenne et de l’Asie mineure, du Caucase à l’Himalaya et au nord de l’Afrique et qui serait l’ancêtre du petit pois de nos jardins. Le Pois élevé (Pisum sativum subsp. biflorum) a donc de toute évidence une grande importance comme espèce sauvage apparentée à une espèce cultivée (Crops wild relative).
Des témoignages font état de la culture ancienne du pois élevé dans la région de Fully pour la consommation humaine. Actuellement, cette pratique n’a plus cours bien que le « pois de Fully » soit encore connu pour cet usage dans la région et y bénéficie d’une forte attache patrimoniale. La redécouverte de sa consommation permettrait certainement de développer un marché de niche intéressant pour la région, tout en favorisant la sauvegarde d’une plante menacée, qui constitue un témoin de l’histoire de la domestication du petit pois de nos jardins et une réserve de variabilité génétique importante. A ce sujet, notons encore qu’une tolérance à la Mycosphaerella, un agent de l’Antracnose, a été trouvée dans le Pisum sativum subps. biflorum.

Conservation in situ (sous forme sauvage)
La CPS (Commission suisse pour la protection des plantes sauvages, actuellement réunie avec le Centre du réseau suisse de floristique sous le nom d’Info Flora) a entrepris dès 2009 la cartographie du Pois de Fully, avec un contrôle des stations connues, des données historiques et des stations favorables. En même temps, la CPS a prévu d’évaluer les menaces sur les stations existantes et d’estimer la vitalité ou vigueur des populations.

Conservation ex situ (sous forme cultivée)
Pour ProSpecieRara et sous la conduite des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève (CJB) des multiplications ex situ de l’espèce ont eu lieu dès 2010. Des semences ont ainsi été récoltées et incorporées à la séminothèque ProSpecieRara. La multiplication à partir de graines ne pose pas trop de problème, mais les exigences environnementales du Pois de Fully sont hautes et doivent encore être mieux définies. La réalisation de multiplication en collections primaire et de duplication est aussi nécessaire. Il est particulièrement intéressant d’établir ces dernières dans l’aire de distribution de ce pois à l’état sauvage, soit sur le territoire de la commune de Fully. Par ailleurs des collaborations avec les jardins des Musées cantonaux du Valais et du Jardin botanique Flore-Alpe de Champex sont prévues. Ces lieux permettraient également de mettre à disposition du public des informations didactiques sur le degré de menace et les mesures favorables à la sauvegarde de cette sous-espèce.

Conservation par l’utilisation
Le Pois de Fully a fort probablement été introduit par l’homme en vue de sa culture – ce qui expliquerait son aire de distribution très restreinte et éloignée de l’aire principale. Les «anciens» de Fully se souviennent de sa présence dans les jardins et il ne faut pas négliger le fait qu’une récolte des gousses dans les populations sauvages pourrait mettre en péril ces mêmes stations naturelles.
Il semble donc raisonnable d’encourager sa culture, de manière locale, afin d’en faire profiter les cultivateurs de la région sous forme de produit de niche, en tant que plante comestible et plante d’ornement.

Résumé des mesures envisagées
• Recherche et cartographie des stations restantes (initié en 2009 par la CPS)
• Collecte et mise en culture (initié en 2010 par ProSpecieRara et les CJB)
• Mise au point de techniques de conservation des semences
• Multiplication en collection primaire
• Contact avec les propriétaires et plan d’action pour la conservation in situ
• Enquête ethnobotanique concernant les utilisations traditionnelles locales
• Etudes archéobotaniques pour préciser l’historique de la plante
• Recherche de producteurs locaux
• Promotion du produit de niche

Le rapport final est disponible en format pdf en cliquant ici


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